Pourquoi les hommes fuient, d’Erwan Larher

pourquoi les hommes fuientPar l’éditeur :  Jane a 21 ans. Hyperconnectée, elle vit au présent entre jobs d’hôtesse et menus larcins, boîtes et soirées branchées, ses amants d’une nuit et ses deux colocataires. Rien n’existe que par sa volonté; ses actes tracent les contours du monde.
Un soir, le hasard la jette malgré elle sur les traces de son père, qu’elle n’a jamais connu. Est-il cette pop star dont on a perdu la trace ? Ce guitariste punk passé à côté de sa vie ? Ou ce solitaire retiré de la compagnie des hommes ?
Jane se prend au jeu des vérités parfois contradictoires tandis que son environnement se détraque. La violence du réel, son humanité aussi, s’engouffrent dans les brèches à mesure qu’elle perd le contrôle.

Mon Avis : En dehors de l’histoire à proprement parlé, deux choses ressortent avec force du dernier roman d’Erwan Larher. La force de la langue bien sur et l’incroyable générosité avec laquelle l’auteur nous accueille.

La langue d’abord. Une langue vive et percutante, sonnant comme un riff de guitare, battant la mesure au rythme d’un 4 temps tout ce qu’il y a de rock’n roll. Aucun temps mort n’est à déploré, et la basse, malgré les différents solo qui s’alternent au fil des pages, tient la mesure, le cap que s’est fixé l’auteur.

Cette métaphore (lourdingue, j’en ai bien conscience) musicale pour parler de « Pourquoi les hommes fuient » tant il est question de musique dans ce livre. Ce n’est pas le sujet principale, mais tout y ramène. Qu’il s’agisse de l’histoire de ce groupe de rock tourangeau , sorte de « genèse » punk menant à Jane, du rythme même du livre ou de la tchatche toute en volubilité du personnage principal.

Jo et Jo, tout deux possiblement géniteur de Jane, ont vu leur amitié fondre sous la chaleur des projecteurs lorsque le succès a pointé le bout de son nez. l’un a choisi la lumière des sunlight, l’autre de partir « cultiver son jardin » loin de la célébrité. Aucun des deux ne pourra prétendre y avoir trouver le bonheur.

Des années plus tard Jane part, presque malgré elle, à la recherche de ce mâle procréateur qui les abandonnées, elle et sa mère, lorsque la jeune fille avait 4 ans. Elle qui semble n’en avoir pas grand-chose à foutre du monde qui bouillonne autour d’elle, se surprend à s’investir dans cette « quête ». Il faut dire que sous ses allures de pile électrique à la langue bien pendue, Jane parait quand même s’ennuyer ferme. Et ce n’est pas l’écrivain, de trente ans son aîné, qui l’invite à dîner qui va y changer quelque chose (scène extrêmement bien vue et drôle).

L’ennui, la fuite, le désordre du monde, le nouveau roman d’Erwan Larher est d’une totale modernité. Entre le parcours des Jo, tout autant constitué de vérité que de fantasmes, de réécriture que de « on dit », et la fulgurance de Jane, aux verbes hauts, mais aux mots à peine prononcés, déjà démodés, c’est la fuite en avant du monde et des êtres qui l’habitent dont il est question. La course de la planète ne semble plus être à échelle humaine, et le Jo des champs voudrais bien descendre de ce monde trop…. Trop ! On pense à Voltaire dans ce désir de jardin, même si pour ma part j’y ai plutôt vu un clin d’œil à la vieille Valette (rock’n roll oblige !)

Erwan Larher réussi un roman haletant, qui peut se lire comme un polar, un roman encré dans notre temps passablement désabusé, dans lequel l’auteur, sans jamais prendre parti ou nous balancer quelques vérités de son cru, interroge ce qu’est être un homme.

Titre : Pourquoi les hommes fuient
Auteur : Erwan Larher
Éditions : Quidam Editeur
Date de parution : 22/08/2019
Nbr de pages : 356

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